
Merci beaucoup à Corinne NIOGRET pour ce récit sur les années 90:
Pour le biathlon c’est vraiment le début des grandes performances et de la reconnaissance de ce sport, même si depuis bon nombre d ‘années le biathlon est au programme olympique et que les athlètes français luttent pour de bons résultats. Le changement de technique , du classique au libre, qui a causé beaucoup de soucis aux français à la fin des années 80 n’est maintenant qu’un vieux souvenir.
Tout commence durant l’hiver 1990, lorsqu’à Anterselva , le relais hommes composé de Gilles Marguet, Christian Dumont, Thierry Gerbier et Hervé Flandin remporte la première épreuve de coupe du Monde pour la France devant les « monstres » de l’époque : les Allemands de l’Est, les Russes... Les garçons auront des médailles par équipe et en relais aux championnats du Monde. A ce moment là tous les athlètes réalisent que c’est possible et la spirale s’enclenche.
Cette année là, la France ,côté féminin, n’est représentée que par Véronique Claudel, une équipe existe mais n’a pas les moyens de lutter au niveau international. Donc je fais mes armes sur la coupe d’Europe et en fin de saison, la FFS va recruter Francis Mougel , jusque là athlète, au poste d’entraineur pour prendre les commandes d’une équipe féminine plus officielle et avec des moyens en vue de présenter des athlètes compétitives aux JO de 1992 qui ont lieu chez nous.
L’hiver 1991 sera également marqué de « première », avec la première victoire individuelle en coupe du Monde pour Hervé Flandin ; ce jour là c’est même un doublé français avec Patrice Bailly Salins sur la deuxième marche du podium. Les Championnats du Monde de Lahti (FIN) nous permettront de lutter avec les meilleurs avec une 4° place en relais pour les filles.
En 1992, les équipes de France n’ont qu’un seul rêve : briller sur leurs pistes olympiques mais la route est longue et les sélections impitoyables, seulement 4 filles et 5 garçons auront l’honneur de représenter la France.
Après un bon début de saison aussi bien en relais qu’en individuel, l’élément déclencheur pour les filles sera le dernier relais préolympique gagné à Anterselva. On pouvait maintenant y croire , à à peine 15 jours de l’ouverture des J.O.
Le biathlon féminin fait son apparition aux J.O en cette année 1992 et l’objectif est de se faire plaisir et d’emmagasiner de l’expérience, si bien sur il y a des résultats ce ne sera que mieux.
La quinzaine olympique sera donc marquée par notre médaille, le 14 février 1992, première médaille olympique, première médaille d’or, pour ce « petit sport » que la France découvre ce jour là. Trois relayeuses et un entraineur en pleurs dans l’aire d’arrivée pour ce jour historique pour le biathlon français : Véro ( Véronique Claudel), Nanou ( Anne Briand) et Coco (Moi), sont Championnes Olympiques.

L’année 1993, comme le disent tous les gens autour de nous : « maintenant il va falloir confirmer » ; remarquez, en sport il faut toujours prouver, confirmer, reconfirmer…… ça n’en finit jamais ! Mais le rêve continue pour le biathlon français, nous revenons des championnats du Monde de Borovetz ( BUL) avec 1 médaille d’or par équipe et 1 d’argent en relais pour les filles, et les garçons sont bronzés en équipe.
Tous les regards se braquent sur 1994, et les J.O de Lillehammer, qui sont décalés pour ne plus tomber en même temps l’été et l’hiver. Une aubaine pour le monde de l’hiver qui aura deux J.O en 2 ans.
Le biathlon français va tenir sont rang dans ces J.O avec 3 médailles au compteur sur les 5 ramenées par la délégation française. La première médaille individuelle française de l’histoire aux J.O sera l’œuvre d’Anne Briand, 2° du 15 km. Puis les relais n’ont pas déçus, même si nous ne rééditons pas l’exploit d’Albertville, le bronze nous apportera beaucoup de satisfaction ; et pour conclure, la médaille de bronze des garçons donnera le sourire à tout le monde ; sur 10 athlètes présents à ces J.O, 8 reviennent avec une médaille !!!
En fin de saison Patrice Bailly Salins remporte le général de la Coupe du Monde , là aussi une première pour la France.
En 1995, plus rien ne sera jamais comme avant pour le biathlon français. Avec la mort de David Moretti au printemps 1994, des larmes de chagrin ont remplacé l’émotion pure. L’ombre du « Chef » va planer sur cet hiver 1995, qui va rester dans les annales comme une des plus belles du biathlon français.
Les résultats vont s’enchainer dès le début de saison avec des victoires en relais pour les filles, des Championnats d’Europe en France au Grand Bornand parfaitement réussis : 3 médailles d’or ( Relais filles, Raph Poirée, et moi) des médailles d’argent, de bronze… pour les seniors et les juniors ; une vraie équipe en train d’éclore.
Mais l’objectif de la saison ce sont les Monde à Anterselva et nous y arrivons le moral gonflé à bloc. Le ton va vite être donné, dès la première course , le par équipe , les médailles tombent : bronze pour les garçons et les filles. La spirale est positive et nous allons tout explosé durant cette semaine italienne : sur l’individuel , je deviens la première championne du Monde nordique français, bonheur qui sera complété la semaine suivante par la victoire de mon frère, Olivier, aux Championnats du Monde junior ; puis sur les sprints ce sont Anne Briand et Patrice Bailly Salins qui remportent l’Or, je finis 3°. La cerise sur le gâteau , les relais apporteront une nouvelle fois la joie pour tout le camp français : argent pour les filles et les garçons. Tous les athlètes présents sur ces Monde repartent avec au moins une médaille ; mais le bilan est du jamais vu : 3 Or, 2 Argent, 3 Bronze.
Pour clore la saison Anne Briand s’offre le général de la Coupe du Monde.
1995, un bon cru du biathlon français !!

1996 se profile, le biathlon français n’a cessé de grimper dans la hiérarchie mondiale, alors la question est : comment va-t-il être possible de faire mieux ? Sans toute fois monté d’un cran, 1996 apporte encore de grande satisfaction. L’équipe des filles gagnent trois relais dans l’année, ramènent également 2 médailles par équipe et relais , argent et bronze, des mondiaux de Ruhpolding. Manu Claret remporte le titre mondial sur 15km et « s’envoie » le général de la coupe du Monde. Il y a pire comme saison !!!
Et le pire depuis 1992 va arriver en 1997 lors des Monde d’Osrblie, pas de médailles pour la France ! Cette année 1997 est marquée par l’arrivée de la Poursuite au programme des Monde, une de course de plus et donc des chances de médailles. Malheureusement Osrblie ne portera pas chance au clan français : une 4° place en relais, une 4° place pour moi sur 15 km. Ca devait bien arriver un jour ! Ma seule satisfaction de l’hiver restera le « Grand chelem » aux France : Sprint, poursuite, 15 km et relais.
1998 : désillusion et soif de revanche ; ça aurait pu être le titre de l’année !!
Alors que tous les regards sont braqués sur les J.O de Nagano, cet épisode va être le début de la fin d’une aventure commencée il y a quelques années. Ces J.O restent le pire souvenir de ma carrière, je ne suis jamais sortie des 10 avant ces épreuves de février et là tout s’écroule 16°, 25° et 8° au relais. Le fond du trou est atteint et certaines personnes vont être victimes de cette débâcle dont notre coach Francis Mougel qui sera remercié et prié de rejoindre ses Vosges natales !
On s’est remis un peu de baume au cœur en fin de saison lors des épreuves de Pokljuka : je gagne ma première coupe du Monde, devant Manu Claret et Florence Baverel est 4° ; puis le lendemain Christelle Gros fait son premier podium, 3° ,d’un sprint qui compte comme départ de la Poursuite ou je prends la médaille d’argent derrière Forsberg ; cette course était Championnat du Monde car la poursuite n’est pas encore inscrite au programme olympique.
Belle fin de saison mais qui ne remplacera jamais le « trou » de février.

En 1999 on repart donc avec une nouvelle équipe et le nouvel entraineur des filles est Pascal Etienne, l’entraineur de mes débuts au comité du Lyonnais –Pays de l’Ain. Les garçons aussi voit l’arrivée d’un nouveau coach , Christian Dumont. Jean Pierre Amat a lui survécu à la « tornade ».
Cette saison est marquée pour moi par un doublé victorieux sur sprint –poursuite à Anterselva , mes pistes préférées et par les deux médailles mondiales. Les Monde 1999 , un souvenir glacial !! Prévus à Kontiolahti (FIN) les Monde sont reportés d’abord dans le temps : nous ne courons que sprint , poursuite et relais en Finlande dû à un froid persistant allant jusqu’en -28°. Rien que le fait de marcher, même bien couverte me cause des déchirures aux muscles !!!! Enfin on arrive à arracher une médaille de bronze en relais. Le 15 km qui n’a pu se dérouler est reportée sur la dernière coupe du Monde à Oslo. C’est une aubaine pour moi qui vais pouvoir me repréparer et faire de cette course un objectif. Et bingo je fais un 20/20 et prend la médaille d’argent derrière une Zubrilova « surpuissante », elle me colle deux minutes en ski, malgré une légère grippe.
L’année 2000 est marquée par les Monde à Oslo sur les pistes mythiques d’Holmenkollen. On a tous envie de bien faire dans un lieu pareil et c’est Flo Baverel qui nous lance dans la chasse au médaille en faisant une remontée du feu de dieu lors de la poursuite , elle passe de la 32° à la 3° place, du jamais vu ! Puis tout s’enchaine, Raph , prend lui aussi le bronze sur cette poursuite. Après un jour de repos les courses reprennent avec le 15 km, ma course préférée, et en route vers un troisième titre mondial ! Ca aurait pu aller plus mal car pendant les essais Jean Pierre et Pascal s’aperçoivent que ma crosse est fendue mais chut !!!! , ils gardent le secret pour pas que je psychote… ils ont bien fait non ? Je fais 20/20 au tir, j’ai des bombes Rossignol au pied avec un fartage d’enfer , et j’ai même le temps d’imaginer tous les coachs la boule à Z pendant le dernier tour . Et oui un pari de début de saison et ils ont en trois jours perdus d’abord leur barbe (pour ceux qui en avaient) puis leurs cheveux. La semaine s’est terminée avec deux nouvelles médailles, Raph devient Champion du Monde de Mass Start et je prends la médaille de bronze de cette même course. 5 médailles c’est un bon total et elles ont permis de rassembler nos supporters à l’aéroport de Genève, tous étaient là, les amis, la famille, la FFS…. pour de longues minutes de sourires, de photos , d’autographes….Que du bonheur.
Corinne NIOGRET

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